(in)visible non binaire
Tu penses quoi de la visibilité non binaire ?
Nos corps se trouvent à l’intersection d’une binarité à laquelle nous sommes toujours renvoyé·es. En cela, je ne sais pas à quoi tient notre visibilité. Nos corps sont proprement invisibles et inconsidérés parce que la perspective binaire du genre brouille nos expressions. Aussi, tant que cette perspective ne bougera pas, nos expressions de genre ne seront pas visibles ; ou du moins pas valides, ni admirées à leur juste valeur, ou à leur juste place.
Visibles, nous le sommes, car nous pouvons être vu·es ; mais combien d’entre nous s’empêchent de s’exprimer, par auto-censure, par peur de l’agression, par déni ? Visibles, nous le sommes, parce que nous pouvons nous dire ; mais qui nous écoute ? À quoi tient la visibilité des personnes non binaires dans une société qui n’y pense pas ? Ou qui refuse d’y penser ?
Alors à la question de savoir ce que je pense de la visibilité non binaire, je répondrais que moi-même je n’y pense pas, car je n’ai pas été habitué·e à penser ma propre existence. Je suis pourtant là. Avec des expressions d’à côté. Avec mes interstices performés. Le nez et les oreilles perforé·es. La peau encrée, les pieds ancrés. Je suis visible parce que j’ose me dire et me montrer tel·le que je me sens. Et parce que j’existe dans un environnement qui me le permet jusqu’à un certain point. Jusqu’à l’insulte. Jusqu’au harcèlement. Jusqu’à la course. Jusqu’au tabassage. Jusqu’à la mort.
Je n’en remplis que 2 sur 5, mais combien de nos adelphes trans’ ne sont plus là pour compter ?
Je suis visible tant que j’existe dans mon corps et dans vos cœurs. Notre visibilité tient à ça. Je n’ai pas besoin de grandes parades ni de statues. Nos marges, je les célèbre à chaque soin apporté à nos communautés. C’est ça être visible, c’est ça exister. Avoir des gens sur qui compter pour tous·tes cell·eux qui ne peuvent plus compter.

